Montpellier et autour 5 : Les Dames de Nevers
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(collection de l'auteur) |
Fondé par Marie de Marchangy et le père Lavergne en 1680 à Saint-Saulge, l'Institut de religieuses de Charité et d'instruction chrétienne de Nevers fait partie de maisons religieuses que la Révolution n'a guère affecté sur le long terme. L'Institut était présent dans l'Hérault depuis le règne de Louis XV et occupait à Lodève la maison de son ancien Premier ministre, le cardinal de Fleury.
La succursale montpelliéraine est installée le 1er avril 1829, dans la maison dite Sainte-Magdeleine, mise à disposition par l'abbé Montels, dans la rue qui porte aujourd'hui son nom derrière la cathédrale. Marcel Montels (1794-1840) était un proche de l'évêque Monseigneur Fournier, qui s'efforçait dans cette période de Restauration monarchique de redonner à la religion catholique la place dont la Révolution l'avait privée. Avec les soeurs de Nevers, il s'agissait de donner un lieu aux "filles repenties", sur le modèle du Refuge tenu par les soeurs de la Miséricorde sous l'ancien régime. Pour une raison qui me reste obscure, celles-ci, en voie de reconstitution, n'apportèrent à l'oeuvre qu'un concours très provisoire.
Soeur Sophie Bernavon, supérieure, n'est à l'origine accompagnée que de deux autres religieuses. Les "repenties" affluent. Il faut s'agrandir. Elle déménagent à deux pas de là, dans l'îlot de la Tour des Pins, à la place des Soeurs de Saint-Maur, notamment pour accueillir deux classes enfantines gratuites pour les enfants des pauvres.
En 1845, un tableau des effectifs témoigne d'un effectif important et varié : 180 élèves dans les classes gratuites (il y en eu jusqu'à 200 d'après Louis Secondy), 65 repenties, 44 jeunes filles de 10 à 15 ans dans un asile de préservation et 50 pensionnaires payantes.
L'oeuvre se caractérise par une forte stabilité : trois supérieures seulement pour le XIXe siècle : Sophie Bernavon, Julien Mirambeau et Thérèse Fronty.
La première école normale de filles (1846-1860)
En 1846, les soeurs de Nevers se voient confier la responsabilité d'une première école normale de filles. Il s'agit à la fois de former 30 élèves maîtresses et d'assurer le fonctionnement d'une classe d'application gratuite pour 30 jeunes élèves. Pour l'année scolaire 1847, 4 soeurs encadrent cette nouvelle structure, installée dans des locaux rue du Carré du Roi. En novembre 1852, les soeurs déménagent pour le jardin Bourguet-Auzillon. L'école normale s'est développée, elle accueille 42 élèves maîtresses, 120 jeunes élèves et 200 tout petits dans une salle d'asile (ancêtre de nos classes maternelles). 12 religieuses se consacrent alors à l'école normale. La première pierre de la chapelle est posée en avril 1854 avec la bénédiction de Monseigneur Thibault. Cette chapelle existe encore dans l'enceinte de la Cité scolaire Françoise Combes, côté internat. Car en octobre 1860, le petit lycée s'installe en lieu et place.
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(collection de l'auteur) |
D'après Louis Secondy, cette première école normale est victime de son succès. Les soeurs ont formé 124 institutrices qui ne trouvent pas toutes à se placer en un temps où l'instruction n'est pas obligatoire et où celle des filles ne parait pas prioritaire à nombre de familles. En outre, le département de l'Hérault trouve la dépense trop élevée. Il revient bien moins cher de financer quelques boursières laïques que les soeurs pourront accueillir à la faveur d'un déménagement.
Rue de la Garenne
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(collection de l'auteur) |
En 1861, les soeurs achètent rue de la Garenne un couvent dit du Sacré-Coeur (à ne pas confondre avec le Sacré Coeur du nord de Boutonnet, autrement dit Sainte-Odile). Elle souhaitent des locaux plus vastes et le calme. L'institution comprend alors 5 classes payantes dont une pour adultes.
Le 20 septembre 1862, la ville de Montpellier prend possession des anciens locaux des dames de Nevers, morceau d'îlot entre la rue des Carmes, Boulevard Henri IV et la rue Montels.
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(collection de l'auteur) |
Rue de la Garenne, travaux et agrandissements se succèdent à un rythme soutenu. Contrairement à d'autres établissements religieux, les architectes en sont connus : Jules Margouires (1838-1918) pour le rez-de-chaussée du bâtiment qui comprend le grand parloir le long de la rue de la Garenne en 1875, Henri Bésiné (1828-1888) qui surélève cette même aile avec les dortoirs en 1887, Henri Pratt pour le corps de logis perpendiculaire au bâtiment principal avec la chapelle, une grande salle et des salles de classe en 1900 et 1901.
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Un dortoir (collection de l'aueteur) |
Si aujourd'hui les montpelliérains identifient Nevers à un lycée privé sous contrat de bonne réputation, au XIXe siècle, l'oeuvre des soeurs était plus diversifiée : soeurs de Madeleine, Préservation, orphelinat... Les 20 soeurs de 1899 avaient fort à faire.
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Réfectoire (collection de l'auteur) |
Dans les nouveaux locaux, les "repenties" se font rares, attirées par d'autres oeuvres. Il en reste, fondé en 1852, comme un couvent dans le couvent, les soeurs Madeleines, cloitrées et obéissant au fonctionnement d'un noviciat religieux. Ce ne sont plus des repenties, mais des filles placées par leur famille à partir de l'âge de 12 ans dans un "asile de Préservation", également situé rue de la Garenne. Il a accueilli jusqu'à 70 jeunes filles. Elles sont 20 en 1899, livrées à des travaux de lingerie et de broderie. Un orphelinat accueille les filles à un âge encore plus tendre, parfois avant 7 ans. En 1899, cet orphelinat, compte 36 élèves. Et enfin, un établissement d'enseignement libre, encadré par 7 institutrices brevetées dont 2 laïques, accueille 50 externes et 48 pensionnaires, dont les élèves boursières qui se destinent à devenir institutrices.
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(collection de l'auteur) |
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(collection de l'auteur) |
L'ambulance de Boutonnet
Comme de nombreux établissements religieux de Montpellier, les soeurs de Nevers firent preuve de leur patriotisme pendant la guerre de 1870-1871 contre la Prusse en accueillant une sorte de maison de convalescence, ce que l'on appelait alors une ambulance. Cette ambulance a été fondée par la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Montpellier : des souscriptions recueillies presque exclusivement entre ses membres et des allocations de ses conférences ont couvert les frais. Installée dans une villa du faubourg Boutonnet appartenant à la famille Mourgues, l'ambulance de Boutonnet est assurée pour le service médical par le docteur Caisso, aidé d'un interne, Adam Stawecki. Les soeurs de Nevers et leurs soeurs de la Madeleine s'occupent de l'entretien et de la cuisine. L'ambulance accueillit en tout 11 malades pour une capacité de 10 lits à partir du 26 février 1871. Tous les blessés ont survécu à leur séjour.
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(collection de l'auteur) |
De la séparation aux années 1970
Comme les autres établissements d'enseignement confessionnel, la loi de séparation des églises et de l'Etat entraîne la fermeture des activités d'enseignement. L'orphelinat n'est en revanche pas touché et son activité perdure jusqu'en 1957.
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Pour l'école, l'activité reprend pendant la Grande guerre, dans des locaux proches du jardin des plantes.
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En 1918, l'activité d'enseignement retrouve les locaux de la rue de la Garenne. L'appellation de Notre Dame des Anges, présente sur une série de cartes postales anciennes, date de 1937. Mais officiellement l'école s'appelle à partir de 1939 le Cours Bernadette, institution d'enseignement primaire et secondaire qui compte 97 élèves à la veille de la Seconde guerre mondiale.
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(collection de l'auteur) |
Les classes primaires accueillent encore 150 élèves en 1954. Dans la réorganisation de la carte scolaire du diocèse voulue par Monseigneur Tourel, Nevers devient un lycée, à la carte des formations assez diversifiée. Dès 1958, une école technique prépare aux CAP commerciaux.
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La grande chapelle, un autre exemplaire de cette carte postale indique qu'elle est décorée à cette occasion pour Pâques en 1913 (carte non circulée, collection de l'auteur) |
En 1970, le passage progressif à la mixité et la fermeture des dernières classes enfantines sont une nouvelle rupture, avec l'ouverture de BEP en comptabilité et mécanographie.
Mon père et ma tante ont été élèves à Nevers ces années là. Mon père y était en Première et Terminale G2 (comptabilité économie gestion) entre 1972 et 1974.
Ma tante, en série A2 (littéraire option latin), entre 1973 et 1975 en garde un bon souvenir. Elle a eu Mme Clair en histoire géographie, dont le mari, André Clair, était professeur d'économie. "Les cours étaient donnés par des professeurs laïcs, très sérieux et assidus. Le lycée était mixte sauf dans les classes littéraires. L'enseignement était vraiment de qualité et l'ordre était de rigueur sans toutefois être dictatorial." La discipline était fermement maintenue en classe, les entrées et sorties surveillées, et la cigarette, interdite.
Mon père se souvient que la direction était encore religieuse, avec Soeur Marie Bernard comme directrice et soeur Saint François comme adjointe. Ma tante se souvient d'elle : "Sœur Saint François était très jeune et souriante mais aussi très intelligente et imposant le respect. J'ai eu l'occasion de la côtoyer de façon plus proche, dans la mesure où je faisais partie d' un groupe de prières qui se réunissait chaque lundi soir après les cours. A cette occasion, nous partagions un repas avec elle et discutions sur différents thèmes, parfois issus d'un texte qu'elle nous lisait en amont."
Mon père se souvient lui d'activités plus profanes, comme une soirée en boite à Cantagrill (dans la campagne entre Viols le Fort et Vailhauquès) organisée par le professeur d'économie Jean Serres qu'il a retrouvé plus tard comme client de son magasin. Jean Serres a pris sa retraite en 2004. Laurent Bonnet, CPE de Nevers, se souvenait en 2011 pour Midi Libre que "c'était un excellent professeur, très exigeant, qui essayait toujours d'amener ses élèves à l'excellence." Retiré à Madagascar, il y a été assassiné le 27 octobre 2011.
Issus d'une famille nombreuse (huit enfants), mon père et sa soeur n'ont pas participé aux voyages scolaires proposés, comme le week-end au ski, assez couteux. Ma tante en revanche se souvient de s'être "rendue à un week-end organisé par notre directrice dans l'établissement religieux d'une autre région dont j'ai oublié le nom, pour entre autres, participer à des réflexions sur des sujets d'ordre évidemment religieux." ajoutant que malgré cette thématique austère, l'éloignement lui donnait un réel sentiment de liberté !
Les effectifs croissent avec 470 élèves en 1978. La direction devient laïque cette année là, en la personne d'André Clair, même si trois religieuses restent à ses côtés. Depuis 1980, Nevers est un lycée polyvalent.
En 1989, le lycée s'ouvre à l'enseignement supérieur, en ouvrant trois classes de BTS tertiaires.
Nevers au XXIe siècle
La barre des 1000 élèves est dépassée en 2006. L'établissement a su se moderniser tout en préservant largement ses espaces verts intérieurs.
Une représentante de la tutelle est encore présente dans l'organigramme : en 2018-2019, c'était soeur Mireille Jean-Noël.
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