Pierre-Rouge 62 : les beaux-arts

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L'école supérieure des Beaux-Arts (octobre 2018 - cliché de l'auteur)

Dans un article de 1992, Midi-Libre rend compte de la livraison de la dernière tranche de 53 logements sur les 300 réalisés par l’OPAC pour un montant de 5 millions de francs de l’époque. Le journaliste vante la taille humaine des logements, les paliers qui ne desservent que trois appartements, dont chacun dispose d’un séjour avec balcon. Ainsi s'achevait la transformation du quartier des Abattoirs en quartier des beaux arts. 

Rue de la Cavalerie - les immeubles des Beaux-Arts sont à droite - août 2021 (cliché de l'auteur)

A l'étude dès 1978 avec le projet de déménagement des abattoirs, le nouveau quartier devient réalité à partir de la démolition des immeubles bleus de la Sonacotra en septembre 1984 et de la fermeture des abattoirs en décembre de la même année. 

Bref historique de l'école des Beaux-Arts

Il est difficile de savoir à quand remonte l'enseignement artistique à Montpellier. Les arts sont une matière universitaire dès le Moyen-âge mais il ne s'agit pas d'une formation pratique. La première école de peinture, fondée en 1679 par Jean de Troy, semble avoir été éphémère. Jacques Giral a créé une deuxième académie en 1738. En 1779, il existe une société des Beaux-arts, où enseignent peintres, sculpteurs et architectes. Plusieurs peintres se succèdent à sa direction dans les années 1780 et l'école, nous dit Thierry Arcaix, change de nom plusieurs fois. 

François-Xavier Fabre créé en 1823 des cours de dessins et de peinture boulevard dans l'hôtel de Massilian, rue Montpelliéret. Cette école est très bien documentée par les archives. J'ai pu ainsi y retrouver le passage de Numa Polge en 1847.

L'école des Beaux-Arts sur son site du boulevard Bonne nouvelle
(carte non circulée - collection de l'auteur)

L'école a suivi une translation progressive de l'Esplanade à l'ancienne route de Nîmes. L'école municipale des Beaux-arts est créée en 1872 et devient école régionale en 1882, ce qui lui permet de bénéficier de fonds de l'Etat. A partir de 1948, de plus en plus de cours ont lieu dans un bâtiment situé au nord de la Citadelle. 

En 1959, l'école s'installe dans les murs de l'hôtel de Bocaud ou de Sully. Le dernier étage est alors surmonté d'un parallélépipède vitré qui n'améliore pas son aspect. Cette photo prise par mon grand-père paternel au début des années 1990 l'illustre. 

L'ancienne école des Beaux-Arts vue du toit du Corum au début des années 1990 (cliché Bernard Sebert)

Ecole supérieure en 1977, elle déménage en 1984. Elle change de statut juridique en 2011 avant de s'intégrer en 2018 dans l'ensemble MO.CO (Montpellier contemporain) qui regroupe deux lieux d'exposition, l'ancien hôtel Montcalm et la Panacée, avec l'école d'art. Eric Penso préside actuellement cette structure. 

A l'emplacement actuel de l'école

Un événement historique bien oublié a eu lieu à cet endroit le dimanche 17 décembre 1564. Le roi Charles IX, accompagné de sa mère, de son frère le  duc d'Orléans, futur Henri III et de leur cousin Henri de Navarre, le futur Henri IV, arrivent à Montpellier. C'est un groupe de très jeunes gens qui accompagne la Régente, Catherine de Médicis. Le roi a quatorze ans, Orléans treize et Navarre vient de fêter ses onze ans quatre jours plus tôt. Avec une suite nombreuse et brillante, le roi fait là l’une des étapes d’une sorte de tour de France. Après avoir dormi à Saint-Brès, il doit retrouver à Montpellier M. de Villeneuve, qui en est le gouverneur. Celui-ci possède un jardin sur la route de Nîmes face au couvent de Saint-Maur, qui a donné son nom à une avenue du quartier des Aubes. Le bulletin de la société archéologique de Montpellier identifie en 1882 le lieu du jardin de Villeneuve à l’emplacement de ce qui est alors le dépôt des tramways à chevaux. Cette localisation est confirmée par un plan de 1683 conservé à Vincennes aux archives du génie et cité dans Montpellier, la ville médiévale, page 230. 

Selon la coutume du temps, un pavillon provisoire fait de bois et de toile a été dressé pour la visite royale. Charles IX y reçoit les corps constitués avant de faire son entrée officielle dans la ville, par la porte du Pila Saint-Gély en avant de laquelle on a construit pour l’occasion un arc de triomphe lui aussi provisoire. 

Près le clos de Mascle, dessin d'Amelin en 1825 (Gallica BNF)

En 1908, lorsque Grasset Morel publie son ouvrage sur Montpellier, il y situe une annexe de l'asile d'aliénés. Il semble que cette affectation ait duré peu de temps, due à la saturation de l'ancien asile de l'hôpital général pendant une épidémie. 

Les déménagements successifs de l'école des Beaux-arts

Ancienne villa Letellier, un temps annexe des Beaux-Arts, actuellement maison de quartier
(décembre 2018 - cliché de l'auteur)

En 1981, une première annexe est ouverte route de Nîmes et avenue Saint-Lazare, dans des locaux loués à la SA Enclos Saint-François, qui abritent le 2nd cycle. Puis en 1984, c'est dans l’ancienne villa Letellier que l'école est réunifiée, à l’angle de la rue du marché aux bestiaux. 

Le clos de Mascle, emplacement de l'actuelle école des Beaux-Arts
(archives municipales de Montpellier 2Fi 38ba - cliché de l'auteur)

Depuis octobre 1995, l’ensemble des locaux est regroupé au 27 de l’actuelle avenue François-Delmas. Le District avait acquis terrains et bâtiments auprès de la société Enclos Saint-François, héritière des biens du père Prévost. 

Photo aérienne 1963 (IGN géoportail)

En l’an 2000, la villa Letellier libérée par les Beaux-arts est restaurée pour lui redonner son cachet de jolie maison de maître et devenir la maison pour tous Frédéric Chopin. Construite au XIXe siècle, elle appartenait à une famille d’industriels. Marie-Christine Gaignard a écrit son histoire avec sa rigueur habituelle et sa jolie plume, il n'y a rien à y ajouter. Le parc est rénové l’année suivante.

Un bâtiment moderne est venu compléter l’ensemble en 2001, sur une voie nouvelle ouverte la même année en prolongement de la rue de Substantion, la rue Yehudi Menuhin. Cette construction nouvelle est dû au crayon de l'architecte Pierre Riboulet (1928-2003), dont l'oeuvre la plus connue est l'hôpital parisien pour enfants Robert Debré. 

En face est construite l’école primaire Jules Verne, ouverte à la rentrée de septembre 2005.

Carte publicitaire SIMCA - 23 avenue de Nîmes (circulée en 1964 - collection de l'auteur)

Cette école, la rue Yehudi Menuhin et l'immeuble résidentiel du 23 avenue François Delmas occupent l'emplacement de l'ancien garage SIMCA cédé en décembre 1979 à la ville pour y installer le garage de ses véhicules techniques. Pour 2,8 millions, la ville avait acheté 3,5 hectares de terrain et les bâtiments hétéroclites qui s'y trouvaient. On a appelé cet ensemble la "mairie K". 

Montpellier notre ville - mai 1980 (archives municipales de Montpellier)

L'ensemble des sources utilisées pour l'écriture de ce feuilleton, ainsi que les remerciements aux personnes qui ont bien voulu m'offrir leur aide, est détaillé ici.

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